Sénégal : la chasse aux mouches des sables

Les phlébotomes s'attaquent le plus souvent aux chiens, mais les humains peuvent également en être victimes. ©Wikipédia

Les mouches des sables sont responsables d’une maladie parasitaire qui touche avant tout les chiens, mais aussi les hommes : la leishmaniose. Pour réduire le nombre d’infectés, des programmes d'éradication des mouches sont en cours. Encore faut-il cibler les bonnes espèces.

La leishmaniose infantum est une maladie parasitaire, très présente dans les régions chaudes : bassin méditerranéen, Asie du Sud-Est, Afrique de l’Est et de l’Ouest, Amérique du Sud. Elle touche avant tout les chiens, mais peut aussi se transmettre à l’homme, et devenir mortelle. L’Organisation Mondiale de la Santé estime entre 20 000 et 30 000 par an le nombre de cas mortels dans le monde. On pensait jusqu'ici que, en Afrique, les seuls insectes capables de transmettre le parasite étaient les espèces de mouches des sables du genre Phlebotomus. Mais Massila Wague Senghor, de l'université Cheikh Anta Diop au Sénégal et ses collègues, au Sénégal et en France, viennent d'allonger la liste des espèces à surveiller.

Les principaux symptômes de la leishmaniose sont des saignements de nez (de la truffe pour les chiens), un amaigrissement ou encore, dans ses formes les plus sévères, des problèmes rénaux. Elle peut se développer chez tous les mammifères, y compris l’homme, entre 900 000 et 1,3 millions de personnes selon l’OMS. Les personnes les plus sensibles sont les jeunes enfants ou les personnes immunodéprimées, tels que les porteurs du VIH. « Au Sénégal, dans les années 1980, le fait d’avoir la leishmaniose indiquait même que vous étiez probablement atteint par le virus du Sida » explique Jérôme Depaquit, de l’université de Reims et co-auteur de l’étude. La grande majorité des porteurs du parasite ne développent pas de symptômes, mais lorsque c'est le cas, le pronostic vital est engagé.

Réorienter la lutte préventive

Pour lutter contre la prolifération, plusieurs programmes sont en place pour éradiquer les mouches de sables connues pour transmettre le parasite. Mais problème : les mouches du genre Phlebotomus sont rares dans certaines zones fortement touchées par la leishmaniose. C’est le cas de la région de Mont-Rolland, près de Thiès, dans l’ouest du Sénégal, où, selon des tests de dépistages de 2010, 20 % des humains et 30 % des chien y étaient positifs. C’est pourquoi les biologistes s’y sont intéressés.

Ils ont d’abord collecté plus de 3 600 mouches des sables entre 2007 et 2010. Sur les 9 espèces différentes qu'ils ont recensées, deux seulement appartenaient au genre Phlebotomus. Et elles ne constituaient que 1,5% des individus. Toutes les autres mouches collectées appartenaient au genre Sergentomyia. « Ces résultats sont des preuves solides pour contester le dogme selon lequel seuls les Phlebotomus sont des vecteurs du parasite de la leishmaniose infantum », explique Éric Prina, de l’Institut Pasteur.

Sergentomyia schwetzi, le genre de la maison

Les biologistes ont ensuite disséqués les autres mouches des sables, pour y trouver le parasite. Et parmi les sept espèces du genre Sergentomyia présentes à Mont-Rolland, c’est Sergentomyia schwetzi qui semble la plus dangereuse. En effet, 46% des mouches disséquées porteuses de la leishmaniose infantum appartiennent à cette espèce de mouches des sables.

De quoi améliorer la lutte contre les responsables de la transmission ? Une controverse existe sur ce point. Car si Jérôme Dupaquit avoue avoir « la preuve que les Sergentomyia schwertzi portent le parasite », celle d’une transmission du virus par cette espèce n’existe pas encore. « Mais nous avons de forte suspicions, poursuit le biologiste français. Si ce ne sont pas les Sergentomyia schwertzi, nous ne savons pas qui transmet la leishmaniose dans cette région. »

Tous les scientifiques ne sont pas d’accord. Une étude publiée en 2013 par des biologistes tchèques affirmait justement que Sergentomyia schwertzi n’est « pas un vecteur compétent pour les formes de leishmaniose » responsable des symptômes humains. « Je n’y crois absolument pas, conclut Jérôme Depaquit. Je connais et respecte l’équipe de Prague, mais ils ont élevé en laboratoire une souche éthiopienne de l’espèce, alors que nous sommes allés sur le terrain et que nous avons disséqué les mouches qui s’y trouvaient. » Au delà des querelles purement scientifiques, l'enjeu reste bien d’améliorer la prévention de la leishmaniose.

Anthony Audureau

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