Atoumane Kane : "Le pastoralisme, une lutte contre le dérèglement climatique"

Atoumane Kane (à gauche sur la photo), lors des 20 ans du CSFD ©Anthony Audureau

On pensait l’élevage extensif, le pastoralisme, en voie de disparition au Sahel. Mais depuis deux ans, plusieurs études ont montré qu'il est plus respectueux de l’environnement et plus rentable que ce que les scientifiques pensaient jusqu’alors. C'est ce qu'a expliqué Atoumane Kane, de l'ONG Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, lors d'une réunion scientifique qui célébrait les 20 ans du Comité Scientifique Français de la Désertification.

Vous défendez le pastoralisme au Sahel, en quoi consiste ce type d’élevage ?

C’est un mode d’élevage ancestral au Sahel. Il est fondé sur l’exploitation des ressources naturelles en utilisant le moins d’intrants agricoles possible (les pesticides par exemple). Le pastoralisme repose sur une mobilité, pour trouver les ressources. C’est une adaptation aux changements climatiques parce qu’au gré des saisons, les gens doivent se déplacer pour chercher les ressources en fonction des saisons sèches ou de la pluie, mais aussi en cas de calamités.

Le pastoralisme était critiqué depuis plusieurs années, pourquoi ?

Pour plusieurs raisons. On parlait par exemple de la dégradation des terres ou des émissions de gaz à effet de serre par les bovins. Certains mettaient en avant la faiblesse de la production… Je ne dis pas qu’il n’y avait pas d’effet pervers, mais ils étaient plus liés au manque d’encadrement ou de prise en compte de certains aspects.

Justement aujourd’hui cette méthode d'élevage revient en force. Quelle en est la raison ?

On se rend compte d’un certains nombre d’idées péjoratives qui ne correspondaient pas à la réalité. Par exemple, les détracteurs du pastoralisme avaient tendance à dire que les bêtes dégradaient le pâturage, en le mangeant ou le piétinant. Mais sur un pâturage donné, elle n’en consomment pas plus du tiers, cela a été prouvé. De plus, elles contribuent à fertiliser les sols, à faire éclater les sols asséchés pour faciliter les infiltrations. À travers leur bouse, les bovins transfèrent aussi des graines.

Comment le pastoralisme aide-t-il à lutter contre la désertification ?

C’est une forme de lutte contre le dérèglement climatique. Et les fermiers en prennent conscience. Il y a par exemple de plus en plus de fermiers qui signer des contrats avec des éleveurs pour que ces derniers parquent leurs animaux dans les champs pendant une période. Cela va aider à la fertilisation des champs et au maintien de la biodiversité. Ce sont des gens rationnels, si cela détruisait leur champs, les fermiers n’utiliseraient pas cette technique.

Et du point de vue économique, le pastoralisme est-il rentable ?

En général les zones pastorales étaient marginalisés par rapport aux politiques publiques. Les éleveurs n’étaient pas pris en compte. Mais il y a de plus en plus de programme d’aides, comme ceux de l’AVSF ou de l’Union Européenne. Car ces zones pastorales sont des pôles de développement. Les éleveurs produisent du lait, de la viande, vendent des animaux et, au travers de leurs déplacements, contribuent au fonctionnement économique. On s’est rendu compte que non seulement le pastoralisme participe à la fertilisation des terres mais que c’est aussi le moyen de production le moins coûteux et le plus rentable. Par rapport à l’emploi également, c’est une activité qui utilise beaucoup plus de personnes que l’élevage intensif.

C’est presque le modèle parfait alors ?

Il faut être mitigé par rapport à la question. Il y a encore des points d’améliorations. Notamment les feux de brousse. Souvent les éleveurs campent, et quand ils cuisinent, cela créé des accidents. Il y a aussi l’urbanisation à tout va, ou des conflits entre éleveurs pour accéder à certaines ressources naturelles, les puits. Mais tout cela peut être géré si les éleveurs pastoraux ont un niveau d’information suffisant.

Propos recueillis par Anthony Audureau

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