Raissa Malu

Voyage au Temple de l’Atome

Je viens de participer à la table ronde sur « Les jeunes dans le nucléaire : mobiliser la prochaine génération de leaders » organisée en parallèle de la 63e Conférence Générale de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA).

Vous vous souvenez de l’AIEA n’est-ce pas ? Je vous en avais parlé dans la trilogie sur l’Histoire du nucléaire en Afrique (si non, je vous invite à lire mes trois articles sur le sujet). Ici, je voudrais vous faire vivre mon dernier voyage au Temple de l’Atome ! 😊

C’est la deuxième fois que je suis invitée à l’AIEA. Quand j’arrive devant la cour principale de l’imposant bâtiment avec sa fontaine d’eau et les drapeaux des États membres flottant au vent, je suis submergée par l’émotion. Les larmes me montent aux yeux. Ce sont des larmes de joie, de tristesse et de fierté : la joie de marcher (littéralement) sur les traces de mon père, le feu Prof. Dr. Ir Félix Malu wa Kalenga (il participait tous les ans à la Conférence Générale) ; la tristesse de n’avoir pas eu l’occasion de visiter ce lieu avec lui (j’aurais tellement voulu qu’il me parle des coulisses de cette institution) ; la fierté d’être physicienne nucléaire et d'ainsi appartenir (modestement) à cette grande famille. L’AIEA me rappelle mon père, la responsabilité des physiciens et la responsabilité de la République Démocratique du Congo dans cette aventure humaine.

Les jeunes dans le nucléaire

Au bout de quelques minutes, je reprends mes esprits (je suis là pourquoi déjà ?!). Cette année, c’est pour participer à la table ronde sur « Les jeunes dans le nucléaire, comment mobiliser la prochaine génération de leaders ? » Les organisateurs ont estimé qu’en tant que promotrice de la Semaine de la Science et des Technologies et d’Ambassadrice du Next Einstein Forum (NEF) pour la République Démocratique du Congo, je pouvais apporter un plus au débat. De mon côté, je me réjouissais d’entendre les speakers et sur ce coup-là, je n’ai pas été déçue😊. Voyez vous-même !

La table ronde a commencé avec Mr Gaopalelwe Santswere, Président de la jeune génération africaine dans le nucléaire (Afrique du Sud). Mr Santswere est un physicien nucléaire passionné et engagé. Il milite pour le développement de réseaux de jeunes experts africains dans le nucléaire qui aideront à changer le narratif sur le continent.

Le cas des Philippines

Ensuite, c’est Roxane S. Villanueva, superviseur de programme d'éducation pour la science et la technologie pour le Ministère de l’éducation philippin (en voilà une comme moi 😊), qui s’est exprimée. Le nucléaire a en général une part négligeable dans les programmes scolaires. C’est dommage, car il est important de l’intégrer très tôt afin de le démystifier et d’en connaître les potentiels, les applications et les risques. Aux Philippines, l'équipe de Roxane Villanueva développe et propose des modules sur le nucléaire pour les écoles.

Autre chose intéressante, quand on lui a demandé de s’exprimer sur la place des femmes dans ces domaines où l’on sait qu’elles sont en général sous représentées, Mme Villanueva a indiqué que contrairement à d'autres pays, aux Philippines ce n’était pas le cas. Le clivage fille-garçon dans les STEM n’y était pas si fort (super !).

L'image suivante montre quelques applications nucléaires.

Nucléaire

Les jeunes scientifiques africains

Mme Villanueva a été suivie de Nathalie Munyampenda, Directrice Générale du Next Einstein Forum (my dear boss 😉), qui a partagé l’expérience du NEF avec le programme des Fellow, ces brillants scientifiques africains qui changent le narratif sur le continent, et le programme des Ambassadeurs, ces champions et championnes locaux qui organisent les Semaines Africaines des Sciences. De manière très convaincante, Nathalie a rappelé que si nous voulions faire avancer la question du nucléaire sur le continent, nous devions mettre autour de la table toutes les parties prenantes et aborder la problématique avec une vue à 360° : compétences, infrastructures, financement, retour sur investissement, bénéficiaires, risques, etc.

Le témoignage qui a suivi a été émouvant. Mr Raphael Chesori, PhD Fellow de l’AIEA, un jeune scientifique timide et réservé, mais déterminé, nous a raconté son voyage depuis les plaines du Kenya à l’AIEA. C’est son professeur à l’école primaire qui lui a donné le goût des sciences. Ces cours avaient du sens pour lui parce qu’il vivait au quotidien dans la nature avec les animaux. Il vivait ce que le professeur racontait à l’école. Sur la question de l’engagement des jeunes dans le nucléaire, Raphael Chesori nous a exhortés à les accompagner avec des programmes de mentorat pour les aider à parcourir le long et parfois difficile parcours des jeunes scientifiques africains.

Informer sur les carrières

Enfin, Mr Chirayu Batra, Ingénieur nucléaire associé à l'AIEA et président des jeunes dans le nucléaire de l’ONU, nous a parlé des carrières au sein de l’agence.

C’est au moment des questions-réponses que je suis intervenue. Partant de mon expérience en RDC, j'ai épinglé quatre points. Oui, nous avons besoin d'un réseau de jeunes scientifiques africains dans le nucléaire semblable au Next Einstein Forum. Mais pour se développer, nos étudiants et étudiantes ont besoin de plus d’informations sur les nombreuses carrières dans le nucléaire et des chemins pour y arriver. Ensuite, nous devons largement informer les élèves, les enseignants, les parents et le public en général sur ce qu’est le nucléaire, ses nombreuses applications et ses risques (c'est ce que nous faisons à la Semaine de la Science et des Technologies). Mais les risques ne sont pas le principal problème. À mon sens, c’est le déficit de confiance en nos politiques, nos gouvernements et en nos scientifiques, qui est la principale barrière au développement des techniques nucléaires dans les pays africains !

L'accompagnement de l'AIEA

La table ronde fut ainsi intéressante et instructive, mais quelle est la prochaine étape ? Je reviendrais là-dessus à une prochaine occasion. Pour l’heure, je vous propose de continuer la visite.

Durant mon séjour, je me suis informée sur la gestion des connaissances nucléaires et le développement des ressources humaines dans le domaine nucléaire (essentiel pour sa sécurité et sa durabilité), sur les méthodologies et modèles de l'AIEA pour une planification énergétique durable et sur les activités de préservation du patrimoine culturel menées dans le cadre de projets de coopération technique régionaux (intéressant pour notre nouveau Musée National). L’AIEA aide et accompagne les États membres avec des formations, le développement des compétences, la mise à disposition d’outils, la gestion des risques, des missions de contrôle, et l’acquisition d’équipements. Chaque État membre bénéficie de l’expérience, de l’expertise et des connaissances des autres.

Les interventions des pays

La partie la plus « croustillante » 😊 est la Conférence Générale. Il faut la vivre. Les États membres se succèdent au perchoir pour faire le point sur les activités nucléaires dans leur pays, mais aussi pour régler leur compte. Vous l’avez deviné, les protagonistes habituels sont les USA, l’Iran et la Corée du Nord avec le problème de la non-prolifération des armes nucléaires, mais il y en a d’autres. En général, les pays d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud excepté) évitent soigneusement de rentrer dans les « combats titans ». Tout est une question de diplomatie !

Comme une image vaut mieux que mille mots, je vous invite à visionner ci-après l’adresse de la République Démocratique du Congo lue par le Professeur Vincent Lukanda, Commissaire Général à l’Énergie Atomique. Il fait le point sur les activités nucléaires dans notre pays et sur nos priorités.

Quels besoins en Afrique ?

Ainsi s’est terminé pour moi le voyage à la 63e Conférence Générale de l’Agence Internationale à l’Énergie Atomique. Je suis sortie du bâtiment en pensant encore une fois à mon père. Je me l’imaginais parcourant le même chemin vers le métro pour retourner à son hôtel. Avait-il à son époque ressenti les mêmes joies, les mêmes espoirs et parfois, les mêmes exaspérations (eh oui) que j’avais moi-même ressentis ?

Avons-nous besoin du nucléaire en Afrique ? Pour accélérer le développement de nos nations, nous avons besoin d’idées industrielles et de garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable (Objectif de Développement Durable 7). Or, l’énergie nucléaire contribue à cet ODD.

Des usages diversifiés

Nous avons également besoin du nucléaire dans le domaine de la santé. Je vous donne un exemple avec ce poster réalisé par le Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa sur le traitement du goitre avec la médecine nucléaire exposé au stand de l'Accord régional de coopération pour l’Afrique sur la recherche, le développement et la formation dans le domaine de la science et de la technologie nucléaires (AFRA).

Goitre

Enfin, je termine par l’agriculture, la sécurité alimentaire et l’industrie. Avec la recherche nucléaire, nous pouvons développer des semences plus résistantes et plus performantes. Les techniques nucléaires aident à prolonger la vie des aliments et renforcent les produits industriels comme les câbles électriques.

Quel modèle de développement?

L’utilisation des techniques nucléaires rendrait certainement nos pays africains plus compétitifs, mais je me permets un conseil. Il est urgent que nous nous convenions sur le modèle de développement que nous voulons pour nos pays et nos populations, et que nous nous y tenions. Les techniques quelle qu’elles soient, ne sont qu’un moyen et pas une fin. Nous n'avons pas tous les mêmes besoins.

Science is fun, join us ! 😉

Ce billet a d'abord été publié sur LinkedIn.

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