Raissa Malu

Le premier réacteur nucléaire d’Afrique

Je suis physicienne de formation et mon domaine de prédilection est la physique nucléaire. Ce mois de juin 2019 est particulier pour moi. Laissez-moi vous raconter pourquoi.

Il y a 60 ans, le 6 juin 1959, naissait sur la colline du Mont-Amba, dans la ville de Kinshasa, au Congo belge à l’époque, le Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa (CREN-K). Ce centre accueillait le premier réacteur nucléaire d’Afrique dédié à la recherche. Replongeons-nous dans l’histoire!

Le monde sortait de la Deuxième Guerre mondiale qui avait marqué les esprits avec les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon par les Américains les 6 et 9 août 1945. Ces bombardements avaient permis de mettre fin à la guerre, mais à quel prix ! Nous venions de découvrir avec effroi notre pouvoir de destruction, l’apocalypse, le « projet Manhattan ».

La source de l'uranium

Cette expérience a été dévastatrice pour les scientifiques, les techniciens et les pilotes des avions qui ont participé et exécuté ce projet. Et dans cette triste histoire, le Congo belge de l’époque était impliqué. Car, voyez-vous, l’uranium utilisé dans ces bombes venait de la mine de Shinkolobwe, localité située à 25 kilomètres à l'ouest de la ville de Likasi dans la province du Haut-Katanga en République Démocratique du Congo.

Le monde politique et scientifique mondial était à ce point choqué, qu’ils décidèrent (pour se racheter) de développer en parallèle au nucléaire militaire, le nucléaire à des fins pacifiques, « Atoms for peace ». Le 8 décembre 1953, Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis, propose dans son discours prononcé devant l'Assemblée générale des Nations unies (ONU), la création d'une agence internationale chargée de contrôler l'utilisation des matières nucléaires. L'Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) - International Atomic Energy Agency (IAEA) en anglais - entrera officiellement en service le 29 juillet 1957.

Le nucléaire pour l'Afrique

Monseigneur Luc Gillon bâtisseur de l'université Lovanium de Léopoldville qui deviendra plus tard l’université de Kinshasa (UNIKIN), décida, vu l’implication du Congo belge au projet Manhattan, que cela serait la moindre chose que ce pays bénéficie de l’« Atoms for peace ». Utilisant son réseau et ses relations, fort de sa détermination et de son engagement pour la formation d’une élite scientifique congolaise, il obtint (non sans mal) de la Belgique, la création du CREN-K sur le site de l’université de Lovanium avec le premier réacteur nucléaire d’Afrique. Ce réacteur serait dédié à des fins de recherche pour toute la région d’Afrique centrale. Deux ans après l’IAEA, le 6 juin 1959, le CREN-K vit le jour !

Pourquoi me suis-je intéressée à la physique nucléaire ? Probablement, parce que mon père, le feu Prof. Dr Ir. Félix Malu Wa Kalenga a dirigé le CREN-K pendant près de 30 ans après Mgr Luc Gillon. Mais aussi parce que j'étais intéressée par les applications à la médecine, la médecine nucléaire. Je trouvais important que nos connaissances (celles des physiciens nucléaires) contribuent dorénavant à sauver des millions de vies après en avoir aussi tragiquement pris.

Après la physique, je suis passée en éducation, car mon désir d’améliorer les conditions de vie des populations s’est grandement élargi. C’est plus gai quand on s’y met à plusieurs ! 😊

Une expertise ancienne

Les techniques nucléaires ne sont pas sans danger, loin de là. Mais les applications pacifiques, comme le nucléaire thermoélectrique, la médecine nucléaire et les multiples applications dans l’industrie ou à l’agroalimentaire, contribuent à développer les nations modernes. Ne faudrait-il pas chercher à développer d’autres techniques potentiellement moins dangereuses ? Certainement ! Mais selon les besoins, les situations et la solution envisagée, le mixte avec le nucléaire serait l’option la plus raisonnable. De plus, l’AIEA fait un travail remarquable avec les différents pays pour développer les applications pacifiques et limiter au maximum les risques et dangers du nucléaire (le risque zéro n’existe pas).

Pour ce qui est du CREN-K, il a notamment contribué à développer de meilleures semences, plus résistantes. Il continue de contribuer à la sécurité dans les exploitations minières du Haut Katanga. Dans un prochain article, je vous raconterai la suite de l'histoire de ce réacteur nucléaire, premier d’Afrique. Pour l’heure, soyons tous fiers de la contribution de la République Démocratique du Congo et de l’Afrique à l’aventure nucléaire. Notre expertise en RDC en matière de nucléaire est aussi ancienne que celle de l’AIEA ! C’est à la nouvelle génération de scientifiques et de politiques que revient maintenant la responsabilité de l’utiliser à bon escient au service de la Nation, du Continent et de l’Humanité !

Science is fun, join us !

Ce billet a d'abord été publié sur LinkedIn.

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