Raissa Malu

Les enjeux des NTIC en R. D. Congo

Ce 8 aout, je suis invitée à intervenir dans le panel « Investir dans les NTIC au Congo, quels sont les enjeux ? » du Salon des Entrepreneurs congolais organisé par le Magazine Ici et Ailleurs.

Je ne suis pas une actrice de l’écosystème Tech en RDC, mais en tant qu’Ambassadrice du Next Einstein Forum, promotrice de la Semaine de la Science et des Technologies, et responsable d’un projet sectoriel au sein du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel, je développe progressivement une vue d’ensemble de la situation des sciences et des technologies en RDC. Je voudrais ainsi ici vous livrer quelques données qui pourront alimenter nos discussions ce jeudi à 15h au Rotana Hôtel de Kinshasa.

Riche diversité

Pour investir, il faut connaître le marché, notamment les habitudes des potentiels consommateurs des produits ou services proposés. Si vous prévoyez une consommation de masse, ce qui suit devrait vous intéresser.

Ce qu’il y a de fascinant avec l’Afrique (et je le dis absolument sans moquerie) est qu’il y coexiste toutes ou presque, les étapes de l’évolution des sociétés humaines : des chasseurs-cueilleurs aux quatre révolutions industrielles. C’est vrai pour le Continent dans son ensemble, mais aussi pour les pays comme la République Démocratique du Congo. Nous sommes riches de notre diversité ethnique, culturelle et technologique. Là où certains y voient un profond désespoir, moi j’y vois une belle aventure de laquelle peuvent jaillir d’heureux rebondissements.

Une zone d'opportunités

Depuis 1995, l’UNICEF, avec sa méthodologie d'enquête à indicateurs multiples (MICS), aide les pays à rassembler et à analyser des données pour alimenter une série d'indicateurs dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la protection de l'enfant et du VIH/SIDA. Ces données servent à l'élaboration des politiques et des programmes d'intervention, mais elles peuvent aussi intéresser les investisseurs privés si l’on veut bien cesser de voir l’Afrique comme principalement une zone d’interventions humanitaires.

Car, si vous ne le saviez pas encore, dans toutes ses dimensions, l’Afrique est une zone d’opportunités. Je dirais même une zone d’opportunités disruptives !

Enquête 2017-2018

Pour la République Démocratique du Congo, les résultats détaillés de l’enquête 2017-2018 seront prochainement publiés sur le site Surveys - UNICEF MISC. Cette enquête a été mise en œuvre par l’Institut National de la Statistique (INS) et a porté sur 20 792 ménages, 21 756 femmes entre 15 et 49 ans et 6 113 hommes entre 15 et 49 ans. Je reprends ici quelques résultats concernant les Technologies de l’Information et la Communication (TIC).

Qu’est-ce que l’enquête nous révèle sur les possessions des ménages en rapport avec le sujet ? Eh ben, figurez-vous que 37 % des ménages possèdent une radio et 9% un téléviseur ; 35% ont un téléphone portable ; 20% des ménages sur toute l’étendue du territoire ont accès au réseau électrique et 4% ont un compte bancaire.

Différences femmes / hommes

Les hommes écoutent principalement la radio (40%). Ils sont 33% à avoir accès à la télévision et 11% à la presse écrite (le problème avec la télévision est qu’il faut payer un abonnement et avec les journaux, il faut reproduire l’achat chaque semaine !). Seuls 6% des hommes ont accès chaque semaine aux trois médias.

Les femmes quant à elles ont surtout accès à la télévision (25%) (quels programmes regardent-elles ?!), 17% ont accès à la radio et 4% à la presse écrite. Elles ne sont que 1% à avoir accès chaque semaine aux trois médias.

Accès aux medias

Les données par province sont encore plus surprenantes comme dans la figure suivante qui reprend les pourcentages d’hommes et de femmes entre 15 et 49 ans qui ont accès à n’importe quel média au moins une fois par semaine. Par exemple, les provinces où les femmes ont le moins accès aux médias sont le Kwilu, le Kasaï, le Kasaï central et le Maniema. Si vous y prévoyez une campagne média les ciblant, changez de stratégie !

Acces medias

Des téléphones, mais pas d'Internet

Concernant l’utilisation des TIC, 13% des hommes entre 15 et 49 ans ont déclaré avoir utilisé un ordinateur au cours des 3 derniers mois, 65% un téléphone portable et 16% Internet. Chez les femmes de la même tranche d’âge, elles ne sont que 4% à avoir utilisé un ordinateur au cours des 3 derniers mois, 42% un téléphone portable et 5% Internet.

La bonne nouvelle est que le téléphone portable est bien aujourd’hui l’équipement de communication privilégié des Congolais et des Congolaises. La plus intéressante est qu’il ne sert pas encore à accéder à Internet !

Différences entre campagnes et villes

Par exemple, les femmes en milieu rural n’utilisent tout simplement pas Internet, alors que 19% d’entre elles ont déclaré avoir utilisé un téléphone portable au cours des 3 derniers mois (cela ne doit pas être des smartphones). Celles qui utilisent Internet sont en milieu urbain (10%), ont un niveau secondaire de formation et plus (8%) (une raison de plus pour envoyer les filles à l'école), et sont dans la catégorie des mieux nanties (17%).

Pour les hommes, ils sont 2% en milieu rural à utiliser Internet. S’ils n’ont pas d’instruction ou s’ils sont très pauvres, ils ne l’utilisent pas, alors que 33% des hommes les plus pauvres ont déclaré avoir utilisé un téléphone portable au cours des 3 derniers mois.

Parmi les hommes les plus riches entre 15 et 49 ans, 91% ont déclaré avoir utilisé un téléphone portable au cours des 3 derniers mois (mais c’est qui ce super riche qui aujourd’hui n’utilise pas de téléphone portable ? Comment fait-il ?). Ils ne sont que 49% dans cette catégorie à utiliser Internet.

Faibles compétences informatiques

L’enquête révèle également des informations sur les compétences informatiques acquises. Par exemple, nous y découvrons que seules 7% des hommes et 2 % de femmes entre 15 et 49 ans ayant exercé des activités spécifiques liées à l’informatique au cours des 3 derniers mois sont capables d’envoyer un e-mail avec un fichier joint, tel qu’un document, une photo ou une vidéo. Pour ce qui est d’écrire un programme informatique dans n’importe quel langage de programmation, c’est 1% pour les deux.

« Oh ok. Alors, avec tout ça, on investit ou pas dans les NTIC en RDC ? » Oui, oui, attendez, je complète le tableau.

Beaucoup d'initiatives au Congo

En mars 2018, la Fondation GSMA publiait l’article suivant : « Afrique : un regard sur les 442 pôles technologiques actifs du continent », dont les résultats sont résumés dans l’image ci-après. Comme vous le voyez, la République Démocratique du Congo est l’écosystème technologique dont la croissance a été la plus rapide entre 2016 et 2018 (durant deux années d’instabilité politique. Que ferons-nous alors en période de stabilité !)

Ecosystem accelerator Africa

 

Les technologies sont le domaine des STEM où je constate qu’il y a le plus d’initiatives, d’envie et de détermination de la part des jeunes congolais et congolaises. Vous avez des initiatives qui se veulent rassembleuses comme la Kinshasa Digital Week et d’autres qui veulent faire tomber les barrières numériques comme le Lumumba Lab à Kinshasa ; vous en avez qui préparent la disruption comme Itot Africa à Lubumbashi ; vous avez celles qui dans l’adversité veulent produire le meilleur comme Kivu Entrepreneurs à Goma ; enfin, vous avez des entreprises comme Tinda à Kinshasa qui pas à pas, avec une ferme détermination, font leur nid.

Je pense donc que la question n’est plus de savoir SI vous devriez investir dans les NTIC en RDC, mais plutôt COMMENT vous devriez le faire et avec QUI. On en parle jeudi au Salon des Entrepreneurs congolais ? 😉

Science is fun, join us ! 😊

Ce billet a d'abord été publié sur LinkedIn.

 

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