Science Communication Hub Nigeria

Garba Uthman Sadiq : « La famille est un important facteur de protection contre la toxicomanie »

Dans le cadre de notre projet de sensibilisation sur la toxicomanie au Nigeria, nous sommes heureux de présenter notre entretien avec le Dr Garba Uthman Sadiq (B.Pharm., M.H.P.M., M.Sc., Ph.D., F.P.C. Pharm.), professeur associé de neuro-pharmacologie et toxicologie, et pharmacien consultant à l'hôpital universitaire de Maiduguri.

Comment définissez-vous la toxicomanie ?

La toxicomanie est un syndrome comportemental qui résulte souvent de l'abus ou de la mauvaise utilisation de drogues, et qui se caractérise par une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : affaiblissement du contrôle sur la consommation de drogues ; consommation compulsive de drogues ; consommation continue de drogues malgré leurs effets nocifs ; et état de manque.

Toutes les drogues peuvent-elles entrainer une dépendance ?

Non. Toutes les drogues n'entraînent pas la dépendance. Et même celles qui le font ont des potentiels addictifs variables.

Selon vous, qu'est-ce qui pousse une personne à consommer des drogues qui entraînent une dépendance ?

Tout repose sur le « circuit de la récompense » dans notre cerveau. Le circuit de la récompense est essentiels à notre survie. Chez tout un chacun, ce système est naturellement activé par la prise de nourriture, le sexe, la réussite aux examens et d'autres activités quotidiennes. Malheureusement, chez les toxicomanes, ce puissant circuit est activé par des drogues qui se lient à des récepteurs du circuit de la récompense. C'est la recherche de récompense qui fait que l'homme recherche habituellement les drogues.

Comment connaître le risque qu'une personne devienne toxicomane ? Qu'est-ce qui rend les gens vulnérables ou susceptibles de développer une dépendance ?

Votre question porte sur la vulnérabilité, concept qui n'est pas complètement exploré par les scientifiques. Cependant, de nombreux facteurs de risque ou de vulnérabilité ont été identifiés. De même, de nombreux facteurs de protection ont été identifiés. Cela signifie que nous pouvons utiliser les facteurs de risque pour estimer la probabilité d'abus de drogues et de toxicomanie, et les mesures de protection sur les personnes à risque pour réduire le risque. Parmi les facteurs de risque importants, on peut mentionner la prédisposition génétique, l'état de santé général, les traits de personnalité, la prise de risque et l'impulsivité, l'environnement, l'âge de première consommation, l'automédication, le stress, la disponibilité des médicaments, le statut social, la pression des pairs et parfois même la sensibilisation aux drogues. Les facteurs de vulnérabilité interagissent d'une manière dynamique complexe pour prédire la vulnérabilité.

Quels sont les facteurs de protection ?

Parmi les facteurs de protection, il y a l'état de santé, les liens familiaux, la maîtrise de soi, la compétence scolaire, l'information antidrogue, les liens étroits avec le voisinage, une prédisposition génétique, les parents, un environnement enrichi, un attachement solide avec les enfants, le respect des limites et de la discipline et la surveillance des enfants.

Comment un lien familial peut-il servir de facteur de protection ?

La famille est le deuxième facteur de protection le plus important en matière de toxicomanie. La surveillance parentale et la participation des parents à la vie de l'enfant jouent un rôle majeur en tant que mesure préventive. Il en va de même pour la discipline et l'application des limites dans la vie des enfants. Il est également important que les parents mettent en place un système de récompense positive à la maison. Si un membre d'une famille est exposé à des facteurs de risque (par exemple la présence d'un toxicomane ou d'une maladie mentale), les parents doivent s'efforcer de compenser ces facteurs de risque en travaillant sur la famille et bien sûr sur les autres facteurs de risque.

Que peut-on faire pour réduire le risque de développer une dépendance lorsqu'il y a des antécédents familiaux ?

On pourrait faire beaucoup en s'attaquant aux diverses composantes de la vulnérabilité mentionnées plus haut. Par exemple, sur le plan social, l'offre d'emploi, l'acquisition de compétences et la santé mentale dans le système de distribution de drogues pourraient faire des merveilles, tout comme l'éducation et le conseil en matière de drogues.

Comment quelqu'un peut-il aider un membre de sa famille aux prises avec un problème de toxicomanie ?

D'abord et avant tout, les membres de la famille devraient identifier la drogue incriminée. Ensuite, un toxicomane doit être emmené dans un centre de réadaptation pour obtenir de l'aide. Lorsque cette identification échoue et que la victime devient dépendante, une visite rapide dans un centre de réadaptation est la meilleure option.

Au Nigeria, il y a eu une augmentation récente du nombre de toxicomanes, quelle est la principale raison ?

Je pense que les principales raisons sont ancrées dans notre tissu social. Notre système de distribution de médicaments est embelli par des lois et des règlements qui ne sont que symboliques en ce sens qu'ils ne sont généralement pas appliqués. Il n'y a pas d'étape de la distribution de drogue qui ne soit guidée par les lois et l'éthique nigérianes. De plus, l'utilisation des médicaments, de la prescription à l'administration, est guidée par des lois et une éthique soigneusement conçues. Cependant, la réglementation ets peu suivie. Les drogues addictives sont facilement disponibles dans les centres non autorisés et sont prescrites par presque toutes les catégories d'agents sanitaires et non sanitaires. Tout cela a énormément contribué au gâchis dans lequel nous sommes. Le chômage des jeunes et la violence contribuent également au développement de la toxicomanie au Nigeria.

Quelles méthodes faudrait-il mettre en œuvre pour réduire le niveau de toxicomanie au Nigeria ?

Nous pouvons le faire en contrôlant la disponibilité des médicaments. Une distribution guidée par la loi et l'éthique restreindrait celle-ci. Une mise en œuvre bien articulée des principes de « l'usage rationnel des médicaments » permettra d'assainir l'utilité. L'emploi et la sensibilisation aux dangers de l'abus de drogues et de la toxicomanie seront d'un grand secours.

Avez-vous déjà présenté des résultats de recherche qui ont contribué à la politique nigériane sur les drogues et la toxicomanie ?

Oui, notre travail sur le sirop contre la toux contenant de la codéine a fait ressortir de nombreux faits concernant la dépendance à la codéine dans le nord du Nigeria. Le travail a été soutenu par deux agences nigérianes : l'Agence nationale pour l'administration et le contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC) sous la direction de son ancien directeur, le professeur Karniyus Shingu Gamaniel ; et l'Education Trust Fund (ETF) à travers l'Université de Maiduguri sous la direction du professeur Mala Daura. Malgré les données confirmées par les travaux, les plaidoyers et les campagnes de nombreuses autres organisations, il n'y a eu un changement radical de politique qu'après la diffusion dans la monde entier par la BBC d'un documentaire sur la « codéine douce ». Ainsi, notre contribution au changement de politique n'a pas été isolée. Ce n'est qu'en partenariat avec les grandes œuvres d'autres organismes. Là encore, le changement n'a été possible que grâce à l'énorme volonté politique manifestée par le ministre nigérian de la Santé et par l'Assemblée nationale.

Que donneriez-vous comme dernier conseil à nos lecteurs ?

La prévention vaut toujours mieux que la guérison, car elle est toujours moins coûteuse et nécessite moins de ressources. Des mesures préventives soigneusement conçues devraient être prises pour chaque facteur de risque identifié. Les programmes de prévention devraient pouvoir s'attaquer aux problèmes suivants : prévenir la consommation de drogues chez les jeunes ; améliorer l'orientation scolaire ; promouvoir les programmes de prévention ; soutenir la recherche biologique et sociale ; et intervenir activement. Dans le droit fil du dernier point mentionné, nous avons une organisation non gouvernementale qui se concentre sur l'abus de drogues, l'abus et la toxicomanie dans le nord du Nigeria. Si vous souhaitez participer, ou simplement en savoir plus, vous pouvez Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

Avec quatre autres chercheurs, Garba Uthman Sadiq a fondé la Faculté de pharmacie de l'Université de Maiduguri en 2005. Il a été chef du département d'ethno-pharmacie et de mise au point de médicaments, et chef du département de pharmacologie et de toxicologie. Il est actuellement vice-doyen de la faculté de pharmacie de l'Université de Maiduguri. Il a plus de 20 ans d'expérience dans l'enseignement en pharmacie, médecine, soins infirmiers, physiothérapie et dossiers médicaux. Le Dr Sadiq a obtenu 4 bourses de recherche et publié plus de 40 articles. Il a enseigné la pharmacologie, la thérapeutique, la toxicologie, l'ethno-pharmacologie et l'éthique de la recherche biomédicale impliquant des humains et des animaux.

Ce billet a d'abord été pubié sur Science Communication Hub Nigeria. Il a été traduit en français par Afriscitech.

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