Science Communication Hub Nigeria

Science médicale fondamentale et médecine du futur

Nous ne développerons pas les soins médicaux sans une solide recherche fondamentale.

Au Nigéria, peu de gens perçoivent l'importance des sciences médicales fondamentales dans l'efficacité du système de santé. Le prestige des médecins est incontestable et leur travail acharné et leur dévouement sont reconnus. Toutefois, pour disposer d'un système efficace capable de relever les futurs défis auxquels la médecine sera confrontée, nous devons aussi comprendre l'importance des sciences médicales fondamentales et la façon dont l'investissement dans celles-ci pourrait améliorer les soins.

Le processus de prévention ou de traitement de la maladie est long. Il commence souvent au laboratoire. La science médicale fondamentale peut être n'importe laquelle des sciences fondamentales pour l'étude de la biologie et l'amélioration de la santé humaine : anatomie, physiologie, biochimie, pharmacologie, biologie cellulaire et microbiologie, entre autres. La plupart des scientifiques en médecine fondamentale vont dans les universités pour enseigner et faire de la recherche en vue de comprendre les processus biologiques de la santé et de la maladie.

Des maladies en tube à essai

La recherche médicale fondamentale aborde les problèmes cliniques avec une approche réductionniste. Il s'agit de travailler sur une question biologique ou un modèle de maladie humaine dans un tube à essai, une culture cellulaire, un modèle animal ou un système qui n'est pas complexe, à partir duquel on peut comprendre un système complexe comme le corps humain. Par exemple, presque tous les médicaments prescrits lors d'une visite chez le médecin ont fait l'objet d'un processus de validation au cours duquel leur potentiel en tant que médicament, la bonne posologie et les effets secondaires ont été testés en culture cellulaire et sur des modèles animaux, avant les essais cliniques et l'approbation éventuelle pour un usage chez l'homme.

Ce processus est très long et coûteux et commence le plus souvent lorsque les spécialistes des sciences fondamentales apprennent l'existence d'une cible biologique (p. ex. un récepteur, une enzyme, une protéine, un gène, etc.) qui participe à un processus biologique considéré comme dysfonctionnel chez les patients atteints d'une maladie. Le processus commence donc avec les spécialistes des sciences fondamentales et, éventuellement, avec les hôpitaux, où des cliniciens-chercheurs interviennent, et enfin avec les médecins qui utilisent les résultats pour soigner les patients. Il s'agit d'un exemple d'application d'une solution médicale de la science fondamentale à la clinique.

La médecine transformée par la génomique

Les découvertes issues de la recherche médicale fondamentale ont transformé la médecine. Par exemple, le projet génome humain, achevé en 2003, a permis d'acquérir une grande compréhension de la carte des séquences génétiques humaines. Les gènes sont des morceaux d'ADN qui contrôlent notre vie et qui sont transmis par nos parents, et dont l'activité peut être transormée par notre environnement et nos expériences.

Le projet génome humain est un exemple crucial d'une contribution importante de la recherche fondamentale à la médecine. Il a permis de mettre au point des technologies de séquençage génomique qui facilitent le diagnostic, l'évaluation des risques de troubles et l'identification de cibles thérapeutiques. Désormais, tout un chacun peut, de façon indépendante, obtenir des données génomiques pour éclairer ses décisions en matière de santé et de bien-être. En Occident, il devient de plus en plus facile et de moins en moins cher de faire séquencer son génome, avec lequel on peut connaître son risque de maladies, sa généalogie et bien d'autres choses.

Des découvertes innombrables

Parlant de l'importance de la recherche médicale fondamentale, le professeur Jonathan Horowitz, du Centre pour la médecine comparative et la recherche translationnelle de l'université de Caroline du nord, aux États-Unis, a dit à juste titre : « Chaque traitement des patients, chaque test diagnostique et chaque intervention médicale utilisés aujourd'hui sont le résultat d'innombrables découvertes issues de la recherche biomédicale. » Un exemple en est la découverte de l'insuline qui a mené au traitement du diabète et au prix Nobel de physiologie ou de médecine pour Frederick Banting et John MacLeod en 1921. La découverte de la pénicilline - l'antibiotique utilisé contre les infections bactériennes (prix Nobel 1945), le vaccin contre la fièvre jaune (prix Nobel 1951) et l'utilisation de l'imagerie par résonance magnétique pour le diagnostic (prix Nobel 2003) - sont tous des efforts de recherche fondamentale qui ont transformé la médecine et les soins.

Une autre percée importante qui pourrait façonner la médecine est la découverte récente du système d'édition de gènes CRISPR à partir de bactéries. Cela s'avère potentiellement l'une des plus grandes découvertes en médecine de notre temps. Cette découverte est le résultat de recherches sur la façon dont les bactéries se protègent des virus. Le CRISPR a été utilisé par les scientifiques pour rendre les moustiques résistants au paludisme et potentiellement traiter certaines maladies humaines (dont le VIH, l'hémophilie et la leucémie). Il a également été récemment utilisé pour modifier des embryons humains, ce qui a conduit à des allégations selon lesquelles on est tout proche de fabriquer des bébés sur mesure. À l'avenir, cette technologie pourrait être utilisée pour faire beaucoup de choses, que les médicaments ou les interventions médicales actuelles ne peuvent pas faire. Tous ces pouvoirs potentiels du CRISPR proviennent de la recherche fondamentale !

Pas de médecine du futur sans nouvelles découvertes

Ces découvertes et leur impact sur la médecine sont l'une des principales raisons pour lesquelles nous devons améliorer notre soutien à la science et à la recherche médicales fondamentales. Selon l'American Association of Medical Colleges : « En l'absence d'information et de connaissances issues de la recherche fondamentale, il est difficile d'imaginer comment les progrès futurs dans le traitement des maladies et des handicaps se produiront ; les médecins ressembleraient de plus en plus souvent à des mécaniciens qui ne connaissent pas le fonctionnement d'un moteur, ou à des programmeurs qui ne comprennent pas comment les ordinateurs stockent et compilent les informations. » Dans les pays développés, il est donc entendu que les spécialistes de la médecine fondamentale et les cliniciens travaillent ensemble pour façonner le système de santé.

J'ai trouvé intéressant de terminer cet article en citant les propos du professeur Horowitz sur l'importance de la recherche biomédicale. Il a dit :

« Essayons d'imaginer un monde sans recherche biomédicale. Un monde dans lequel les microbes mortels émergents ne sont pas identifiés et les vaccins ou antibiotiques ne sont pas découverts. Un monde dans lequel les gènes sont des éléments d'information théoriques plutôt que des éléments tangibles qui peuvent être manipulés à notre avantage. Un monde où tous les cancers sont traités de la même façon et où la survie est un jeu d'enfant. Voulons-nous vivre dans ce monde ?

Allons un peu plus loin dans cet exercice et imaginons un monde dans lequel les programmes de formation clinique se dérouleraient en l'absence de recherche biomédicale. Un monde dans lequel les jeunes qui aspirent à une carrière clinique relèveront les défis médicaux de l'avenir avec des connaissances fondées uniquement sur les découvertes du passé. Est-ce que cela suffira ? On s'attend à ce que les cliniciens soient confrontés à un avenir infiniment plus compliqué dans lequel les patients vivent plus longtemps et ont besoin d'un traitement pour une pléthore de maladies chroniques complexes, où les bactéries résistantes aux antibiotiques sont la norme, où les changements climatiques et les toxines environnementales ont affecté toutes les espèces sur Terre, et où les agents infectieux mortels sont à un trajet en camion ou en avion. Au lieu de nous fier uniquement aux découvertes du passé, ne préférerions-nous pas que les futurs cliniciens soient éclairés par les résultats de la recherche acquise aujourd'hui et dans les années à venir ? Et comment les découvertes actuelles et futures seront-elles faites et traduites en solutions pratiques si le soutien à la recherche biomédicale continue sur sa lancée actuelle ? »

Mahmoud Bukar Maina

Cet article a d'abord été publié par Science Communication Hub Nigeria. Il a été traduit en français par Afriscitech.

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