Jeunes chercheurs

Les enfants du retour : pourquoi les chercheurs africains reviennent en Afrique - ou pas

Les intervenants de la session du SFSA : de gauche à droite, Anton Le Roex, Tantely Razafimbelo, Luc Allemand et Patience Mthunzi-Kufa

Aller à l'étranger est utile pour se former en tant que chercheur, en particulier pour les Africains. Mais le retour n'est pas si facile, comme cela a été discuté à Pretoria en décembre 2017.

« Les jeunes tombent amoureux. »

Ce sentiment, exprimé par un chercheur qui parlant de l'expérience de ses jeunes collègues, pourrait tout autant s'appliquer à la recherche hors d'Afrique. Celle ci séduit en effet de nombreux chercheurs des nouvelles générations, non sans raisons.

Une réticence au retour

Travailler et étudier à l'étranger attire de nombreux jeunes chercheurs africains qui souhaitent acquérir de l'expérience et des opportunités de faire de la recherche à haut niveau. Beaucoup, semble-t-il, sont assez séduits pour y rester : parmi ceux qui partent, beaucoup hésitent à revenir sur le continent.

Une table ronde au Forum scientifique d'Afrique du Sud en décembre 2017, animée par Luc Allemand d'Afriscitech.com (et liée à la conférence YASE), a mis en évidence le manque de postes et les difficultés d'être une chercheuse, parmi d'autres questions affectant les jeunes scientifiques africains.

Un environnement plus favorable

« Selon University News, une personne sur dix qui étudie à l'étranger vient d'Afrique - deux fois la moyenne mondiale », a déclaré Anton Le Roex, doyen de la Faculté des sciences de l'Université du Cap. Il a souligné les raisons qui poussent un grand nombre de diplômés africains à chercher du travail en dehors du continent : « On a l'impression que la valeur et le respect accordés à la science sont beaucoup plus importants à l'étranger qu'en Afrique, et que le continent doit créer un environnement plus favorable. »

Parlant de sa propre expérience à l'étranger, Tantely Razafimbelo de l'Université d'Antananarivo à Madagascar a dit : « Je dis à mes étudiants de saisir l'occasion d'étudier à l'étranger, car cela ouvre votre esprit, mais je leur demande de revenir. » Elle est l'une des rares à être retournée à Madagascar (elle a obtenu son doctorat en France), et a déclaré que la plupart de ses collègues restent à l'étranger « de peur de ne pas trouver un emploi avec un bon salaire ».

L'attrait des scientifiques africains

L'attrait de l'étranger peut aller dans les deux sens, comme l'a découvert la chercheuse sud-africaine Patience Mthunzi-Kufa lorsqu'elle a attiré l'attention d'une université écossaise. « Tout le monde veut être entouré de gens intelligents et motivés, et c'est ce qui m'a rendu attirante pour eux », dit-elle.

L'assistance avait également des commentaires à ajouter à la discussion. Anicia Peters, doyenne de la Faculté de calcul et d'informatique de l'Université des sciences et de la technologie de Namibie, a obtenu son doctorat aux États-Unis avant de rentrer en Namibie.

Trouver un emploi dans son pays

« J'ai obtenu mon doctorat aux États-Unis. J'étais déterminée à rentrer, mais je sais que pour beaucoup d'entre nous, ce n'était pas si facile de revenir, dit-elle. Avec quel statut revenir à l'université ? Si vous n'aviez pas ma chance d'avoir déjà un poste, cela signifiait que vous deviez en chercher un tout en travaillant, ce qui n'est jamais facile. »

« À la faculté, nous encourageons activement nos étudiants, les plus brillants et les meilleurs, à aller outre-mer. Ce dont nous sommes certains, c'est que les Namibiens reviennent, poursuit A. Peters. Nous encourageons également le personnel en poste à aller à l'étranger, parce qu'ils rapportent de nouveaux sujets et de nouvelles pratiques. »

De bonnes raisons de revenir

C'est peut-être le meilleur argument pour que les chercheurs africains reviennent : ils peuvent apporter une grande valeur ajoutée grâce à leur expérience et à leurs contacts internationaux. Cela peut mener à de nouvelles subventions, à de nouvelles collaborations et à de nouvelles avancées.

A. Peters soutient que les pays africains doivent faire plus pour leur diaspora académique : « Les jeunes finissent par être incertains de l'endroit où s'installer. Cette incertitude doit être dissipée, de sorte qu'avant de rentrer, ils sachent à quel poste ils reviendront et ils connaissent la recherche et l'environnement. »

Plus de respect

A. Le Roex est d'accord, affirmant que le continent doit accorder plus de valeur et de respect à ses jeunes chercheurs en créant un environnement favorable. Selon lui, des éléments tels qu'une bonne infrastructure et des possibilités d'emploi peuvent inciter un chercheur à rentrer.

Certains de ceux qui sont revenus ont eux-même créé un environnement favorable, grâce aux compétences et aux connaissances acquises à l'étranger. Par exemple, T. Razafimbelo, rentrée à Madagascar, est devenue professeur titulaire et directrice de son propre laboratoire.

Un plus grand impact

Des perspectives d'emploi médiocres aux problèmes spécifiques auxquels sont confrontées les chercheuses africaines, il semble y avoir plus de facteurs qui éloignent les jeunes chercheurs africains que de possibilités de les faire revenir. Pour ceux qui sont rentrés, toutefois, la possibilité d'apporter un changement réel et d'avoir un impact sur le continent sont des motivations primordiales à leur présence en Afrique.

Ces chercheurs ont également commencé à se rendre compte que pour que la recherche en Afrique progresse, ils doivent eux-mêmes faciliter cette croissance. Bien qu'il existe des possibilités de croissance à l'étranger, les jeunes chercheurs sont conscients que l'Afrique offre toutes les possibilités de croissance et de grands changements scientifiques et sociaux.

Des talents qui enrichissent le continent

Ainsi, P. Mthunzi-Kufa n'a jamais perdu de vue son désir de revenir à la maison et de changer les choses : cela l'a encouragée à terminer son doctorat en Écosse et à retourner sur le continent. Maintenant, elle dirige l'équipe de biophotonique du Centre pour la Recherche scientifique et industrielle (CSIR) à Pretoria.

Alors que de nombreuses opportunités sont disponibles à l'étranger, il semble que beaucoup d'excellents chercheurs choisissent de revenir pour enrichir le continent de leurs talents. L'Afrique dispose peut-être de moins de ressources que le Nord, mais les jeunes chercheurs talentueux qui reviennent sont l'élément vital de la recherche scientifique en Afrique.

Tant que l'Afrique conservera ces brillants scientifiques, l'avenir s'annonce si prometteur pour le continent que les futurs chercheurs n'auront pas besoin de trouver d'autres opportunités à l'étranger.

Sibusiso Biyela, ScienceLink

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